dimanche 17 novembre 2013

Douzième Entretien.

"Je donne mon avis, non comme bon, mais comme mien" Michel de Montaigne

Félix Niesche : Ma petite bluette rimée vous divertît-elle, monsieur l'abbé?
l'abbé Tymon de Quimonte: Est-il possible, mon fils, que vous connûtes à votre tour, par l'effet d'une justice immanente, ce délaissement, dans lequel vous avez vous même laissé des hécatombes de jeunes personnes énamourées, gisant en versant des torrents de larmes ou en vous chantant pouille.
F: On se fatigue de tout, monsieur l'abbé, principalement des femmes.
La licence poètique qui opère comme dans les rêves par condensation et souvent par inversion, me fit refondre en ce petit bloc compact d'autres situations, dont je me moque...En réalité il ne m'est jamais arrivé et il ne m'arrivera jamais de soupirer après une petite dinde qui ne voudrait plus de moi...
l'abbé: L'orgueil de Don Juan vous interdit de reconnaître que vous souffrîtes à votre tour par les femmes..
F: que nenni, l'abbé, bien au contraitre, mais ici j'ai accentué une banale lassitude que j'éprouvais, mais grandement atténué l'expression d'un mal bien plus cuisant...auprès de "Celle qui ne voulait pas"..
l'abbé:..et que par retour vous vouliez dans la proportion où l'on vous resistait, n'est-ce-pas, mon fils?
f: L'abbé, mon mal était le mal des ardents, je bouillais dans mon désir car cette femelle en un clin de son oeil humide avait fait jaillir en moi des lacs de souffre en même temps que la certitude qu'elle seule portait l'âpre consolation, pouvait seule, délicieusement, me rafraichir..
l'abbé: en pleurant?
F:En rouvrant cet Oeil trop ardent qui m'avait lui, et s'était refermé...
l'abbé:.."Le sens, et l'âme y furent tant ravis,
Que par l'Oeil fault, que le coeur la desayme.."
F: ..Cette ouverture mielleuse et rose devint dès lors ma seule préoccupation, seule issue pour ma ferveur: connaître l'antre et la façon dont on y entre. Cependant qu'elle, portait sa tête à l'instar d'une reine, que son regard devenait plus hautain et ses mains aussi froides que celles d'un serpent...
l'abbé:.. Vera incessu patuit Dea...
F: Monsieur l'abbé, le Latin, je caressais pendant votre absence l'envie d'en prendre quelque teinture, mais mes multiples occupations..
l'abbé:.."Par sa démarche elle révèle une véritable déesse", de Virgile, mon fils, et j'ajouterais:Varium et mutabile semper," chose variable et toujours changeante que la femme".
F: Elle ne variait pas d'un pouce, au contraire. Avant que de m'offrir son corps elle voulait me faire l'honneur immérité de son esprit..
l'abbé: Sage, autant que vertueuse conduite mon fils. La vaillance est donnée aux hommes, et la chasteté aux femmes pour leurs vertus principales, comme les plus difficiles à pratiquer...
F:.. tu parles Charles!.. Vous gobez l'abbé... les bêtes dérobades de ma sigisbée: elle pensait montrer les subtilités de son esprit mais ne me faisait voir que les malices de son naturel..
l'abbé: Mais enfin, mon fils, pour que le don de son corps, chez une femme soit de quelque mérite ne convient il pas qu'il se fît pour prix de diffilcutés accrues?
F:Sans doute, mais l'étreinte charnelle, elle ne l'estimait pas, je crois, elle lui semblait ouvrir sur des trivialités qui ne sauraient être supportées que dès lors qu'une reconnaissance "intellectuelle" réciproque se fut installée...
l'abbé:Elle-même, éprouvait, je suppose, mon fils, à votre endroit, une certaine estime..
F:.. pas si sur. Elle pensait que j'étais de la partie, dans le coup, une sorte d'intello, un de ces écrivains à la con, vous savez.. Du coup, qu'on l'admirât aussi pour sa propre intelligence serait plutôt ce qu'elle recherchait selon moi...
l'abbé: Bien mal tombée, la pauvre, avec vous qui professez avec Baudelaire, qu'aimer une femme intelligente est un plaisir de pédérastre.
F:..et puis, je suis intelligent pour deux..Elle disait, j'aimerais que tu apprennes à m'apprécier aussi pour ce que je pense. Elle était indignée(vraiment?) que l'on pût ne la considérer que sous cet angle rose: son corps.
l'abbé:Qui pourrait l'en blâmer? Et puis c'était à vous, mon fils, à ne pas lui montrer trop crûment votre dessein de commettre le pèché de chair, il me semble..
F: Mais l'union charnelle entre nous n'était pas rejetée par principe. Elle recevait avec une indulgence flattée mes assiduités, qu'elle associait à ma misérable condition de mâle. Elle était une femme jeune, une Eve originelle, et comme telle douée d'une receptivité immédiate. Mais il convenait, disait-elle, de bien nous connaître avant que de nous apparier. Le contraire de ce qu'il eût fallu, à mon sens, d'abord bien la connaître, pour ensuite, peut-être l'apprécier..
l'abbé:.oui, de votre point de vue, très biblique, mon fils, où Adam connut Eve qui conçut et enfanta Caïn, cependant qu'elle, qui ne vous connaissait ni d'Eve ni d'Adam, cherchait à vous cognoscere, ce qui est légitime.
F:Mais enfin, l'abbé, je fus sans lui faire remarquer que d'offrir en premier sa beauté spirituelle pour n'accèder qu'ensuite, si l'on en était digne, à sa beauté corporelle, c'était placer la seconde bien plus haut que la première..
l'abbé:Et lui donner cet avis de Michel de Montaigne que dès lors que le principe de l'amour entre vous n'était pas rejeté:"Au subject de l'amour qui principalement se rapporte à la veue et à l'attouchement on faict quelque chose sans les grâces de l'esprit, rien sans les grâces corporelles."
F: Pour elle on n'eût rien fait sans les grâces de l'esprit. Mais si son âme enfantine recherchait la grandeur spirituelle, mon esprit voulait l'allégresse du corps. Dans l'union charnelle toutes les puissances sont en jeu, aussi bien physiques que spirituelles. La fonction alchimique de l'amour étant pour moi de brûler les déchets toxiques accumulés par ma machine à penser incessante et incandescente, immerger mon âme ardente dans les eaux rafraichissantes et vivifiantes..
l'abbé: Au fond, mon fils, elle refusait d'être considérée par vous, uniquement comme une femme. Elle se pensait d'abord comme un pur esprit, secondairement comme une femme. "Un être humain" accessoirement de sexe féminin...
F: Quoiqu'il en fut, je choisis, tactiquement, de taire ces réserves en moi et d'en passer sous les fourches caudines de sa volonté de Samnite intellectuelle..
l'abbé:.. de patienter, mon fils, patience et longueur de temps sont les deux mamelles de la soupe à la tortue et du civet de lièvre convenablement mijotés...
F:..hé, l'abbé, vos deux mamelles d'une soupe valent bien mes mains de serpent!
l'abbé: de belles coquecigrues ma foi, mon fils. Ceci dit patienter, ça n'est pas si terrible...
F:.." Science et patience le supplice est sur". S'il ne s'était agi que d'endurer celà..mais comme je vous le disais, il me fallut subir cet honneur immérité de son esprit...
l'abbé: et c'est ici je présume, mon fils, que les choses se gâtèrent..
f:..et qu'elle, surtout, se gâta. Alors que sa beauté physique était originale, je fus rapidement à découvrir que pour l'esprit c'était tout le contraire. Quelle horrible situation où le corps n'exulte pas car il n'intègre rien et l'esprit, le mien, le seul, tourne à vide, s'use en vain pour éviter, pour compenser la laideur alentour.
l'abbé:Et oui, mon fils, vous n'aviez plus à vaincre la résistance, par essence versatile, d'une seule femme mais à vous colleter avec tout le Poids du monde..
F: impossible! Les dés sont pipés.On ne réfute pas une époque. Le Kali-Yuga, et sa spiritualité amazonienne. Continuer à la subir revenait à recevoir chaque jour ma dose de "france""culture", acheter la télévision et m'abonner à télé-ramas, ingurgiter ligne par ligne la prose bréneuse d'un de ces torchons à la mode. Voir, lire et entendre quotidiennement tout ce dont je me préserve soigneusement, que j'exècre...
l'abbé:Or, un homme cultivé aujourd'hui se reconnait, entre autre chose, par ce qu'il ignore...
F:..on ne saurait supporter pareille servitude... Malgré tout, comme ce bon vieux Montaigne le notait, on fait quand même quelque chose sans les grâces de l'esprit...
l'abbé:.. voulez vous dire mon fils, que ses disgrâces spirituelles ne réussirent point à vous en lasser...
F:..mais peut être à nous enlacer. Que voulez vous l'abbé, elle était rose, ronde, rousse et diaphane, la pure Véronica de Dante Gabriel Rossetti, mettez vous à ma place..
l'abbé:..il n'en saurait être question, mon fils...
F:..comme j'avais définitivement perdu toute estime pour elle, las de tenter de la convaincre je résolus de la vaincre, par ses goûts et sur le terrain de ses illusions..
l'abbé: In omnibus ubi peccatum non cerneretum. Vous rendez vous compte, mon fils, que celà n'est pas d'un honnête homme..
F:.. les jeux de l'amour, comme la guerre ne sont pas une activité pour délicats, et puis au fond, la chère enfant était-elle, elle-même, très honnête? Pour me servir du langage d'un marxisme galant, je dirais que si elle comprenait la valeur d'usage, évidente, de son corps, elle en connaissait fort bien aussi, la valeur d'échange. D'humble origine, sans relations aucunes, d'une demi-culture trés incohérente, de sa personne, elle pensait deux choses, et deux choses parfaitement justes: -Qu'elle avait l'étoffe pour devenir une écrivaine( et si angot, pouquoi pas elle?), -Qu'elle était, physiquement, un morceau de roi. Mine de rien(croyait-elle) elle jaugeait ma propre valeur d'échange, mon entregent dans le milieu"intellectuel".
l'abbé:Bien naïve et bien fraîche encore, semble-t-il, mon fils, qui ne connaissait pas les véritables"rois du monde" actuels..
F:Mais ça n'aurait su tarder. Je prévoyais sa réussite, l'échouage hideux autant que certain d'une marie-salope, et que j'aurais affrêtée moi même, dans le Marais culturel parisien, c'est à dire le lit d'une torve gueule levantine des lettres. Elle pesait les chances qu'elle aurait d'arriver par mon entremise. Mais ce miroir aux alouettes de son ambition puérile ouvrait sous ses pieds, sans qu'elle suce et le susse encore, une Chausse-Trappe, et c'est à ce piège que je l'aurais finalement prise...
l'abbé: .. que vous "l'auriez"..
f: ce laurier-rose, hélas! pour sa possession, mon front n'est pas ceint de laurier..
l'abbé:.. votre poliorcétique aurait donc échouée mon fils?
f: ..qui sait?
l'abbé: Comment, qui sait? Mais vous! et elle, ce me semble!
F: Elle, elle ne sait plus rien. Quant à moi...
l'abbé: Seigneur!... serait-elle?...
F:..ad patres? Oui. Un bus. Ecrasée en courant à cet ultime rendez-vous dont nous étions convenus.. et qui aurait, sans nul doute, répondu à votre vaine curiosité...
l'abbé: Quoi? Que dîtes vous? C'est terrible. Requiescat in pace.
F:Amen.
..................................... FIN, triste fin............................................................................................
...

l'abbé: Triste fin vous-même, mon fils! sachez que je n'ai dit requiescat in pace, que par pur devoir de charité chrétienne..
F:.. ah oui?
l'abbé:. et afin d'éviter une répétition avec l'entretien précédent..
F:..ah bon..
L'abbé:..qui comme vous le savez, mon fils, portait sur les sirènes, qui ne sont manifestement pas les seules à finir en queue de poisson! Desinit in piscem, se dit aussi, au sens figuré, pour les choses dont la fin ne répond pas au commencement, ne tient pas la route, qui promettent beaucoup et tiennent peu...Desinit in piscem, conviendrai parfaitement pour clore ce présent entretien. Mais eu égard à sa fin brève et tragique, je me contenterai de vous dire:
Quocumque ostendis mihi sic, incredulos odi.
F: Pour ne pas vous ennuyer, hein monsieur l'abbé?.. je ne vous demanderai pas ce que ça veut dire..
l'abbé: si fait, mon fils, demandez, et vous serez rassasié:"Ce que vous me montrez me trouve incrédule et me déplait." Incredulos odi!
F: ah oui? Ah bon. Reamen.

dimanche 14 juillet 2013

Incipit






ngelo ecclesiae, quae est Ephesi, scribe:
 Haec dicit, qui tenet septem stellas in dextera sua, qui ambulat in medio septem candelabrorum aureorum...

samedi 13 juillet 2013

Préambule

'le coup de la pomme'

Félix aux oubliettes, couvert de chaînes, je le remplace au chat débotté.
Ce matin, à l'heure du parloir, de sa patte blême il m'a glissé à travers les barreaux un billet : « Apprenez ces phrases par cœur et allez trouver l'abbé. »

Je me suis donc rendue d'un pas alerte et décidé chez ce bon Abbé abîmé dans ses bibles en sa thébaïde. 
- Femme que voulez vous ?
- "Troubler un peu les ondes narcotiques de ces mois de Léthé par quelques silex jetés depuis votre éden !
"Rallumer la flamme du gaz de schisme dessous le brouet du Petit Quimonte refroidi !
ai-je récité.

Négatif ! Je me suis toujours tenu loin des foules sombres qui vocifèrent au dehors, sans m'immiscer jamais dans les querelles impures du Dernier Âge.  

- De grâce, monsieur l'abbé acceptez la pomme de discorde, mûrie au soleil des Hespérides, que je viens offrir, à genoux devant votre sombre bure ?

 - Le coup de la pomme on nous l'a déjà fait sous d'autres cieux n'est-ce-pas ? Plantaverat autem Dominus Deus paradisum voluptatis !
Au revoir madame.
Et n'y revenez plus !

- Okay, mais avant que de m'en retourner dans les limbes, pâles et ternes, où l'on flotte en pleurant loin de votre Sainte-Face de carême, O charitable Abbé, accordez à vos brebis égarées cette interviouve métaphysique qui plairait tant à nos âmes alanguies par les bals des pompiers !

L'abbé : Soit femme ! Mais, Ce que vous avez à dire, dîtes le vite !

Ainsi fut dit.
Philistine Stringulat.

vendredi 12 juillet 2013

Dix-septième Entretien


Philistine : Monsieur l'abbé Tymon de Quimonte,


Qui êtes vous, d'où venez vous, où allez vous ?

L'abbé : Je suis Philippe, Auguste, Barnabé, Tymon de Quimonte.  Je viens des œuvres de mon père et du sein de ma mère, et je vais au tombeau.

Philistine : Ah ça ! monsieur l'abbé je suis un peu déçue de cette réponse très, disons "matérialiste", sur notre condition en rapport à  nos fins dernières.

L'abbé : Il semble, madame, que vous ne nous la baillez plus avec ce tic en-faitique et emphytéotique, commun à toutes, de commencer vos phrases par 'en fait' !

Philistine : En fait Félix m'a fait la m^me remarque l'autre jour !

L'abbé : Les grands esprits se compénètrent.

Philistine : Nous n’en doutons pas ! Mais un grand esprit ne saurait-il avoir une destination plus surnaturelle ?

L'abbé : Je suis poussière et je retournerai à la poussière.  C'est ce que le prêtre nous dit le mercredi des cendres : Memento, homo, quod pulvis es, et in pulverem reverteris.

Philistine : Très gai ! En plus ça rappelle de bons souvenirs :
http://petitimmonde.blogspot.fr/2011/03/mercredi-des-cendres.html

L'abbé : Ces petites perles que donne Félix parfois, et passent inaperçues...

Philistine :...dans toute sa verroterie qui brille d'un faux éclat dans les ténèbres.

L'abbé: Femme, il est des Ténèbres d'où nulle lumière ne peut fuir, et "qui éteint tous les flambeaux."

Philistine : Les troublants «Trous noirs » ! En fait oui, j'ai lu ça un jour chez Le Chat.

L'abbé : Boiriez vous, d'aventure, loin de vos abreuvoirs chéris, quelques une de ces liqueurs fortes « qui font suer » ?

Philistine : Qui font suer ça c'est sur !
Oserais je, à genoux devant votre sombre bure, vous révéler que personne ne comprend votre entente cordiale avec Félix, en fait.  Qui dans sa tête est athée, ou tâte du paganisme avec son thé ! Némésis, Hécate, Matou-Râ ! Ce Chat que vous appelez fils n'est pas chrétien !
Pour ne rien dire de cette nouveauté là, Pareo ! Il se pavane à la plage en Pareo maintenant ?

L'abbé : Flaubert disait : « madame Bovary c'est moi. »

Philistine : ???  En fait, il est temps de tenter d'éclairer un peu Félix par l'abbé...et réciproquement.
On vous confond souvent, m^me Ibara ! C'est comique.

L'abbé : Que nenni ! En réalité Ibara voulait peindre deux portraits de notre ami : Félix tel qu'il se montre et Félix tel qu'en lui m^me  (plus précisément 'tel qu'en lui même Ibara le pense). Un Félix mondain et un Félix intérieur en quelque sorte. L'un qui rit et l'autre qui pleure. Et le peintre tenait à appeler le second portrait : le vrai Félix. 
Mais ce dernier a trouvé malin de lui demander de l'intituler plutôt : Portrait de l'abbé Tymon de Quimonte !
Ce qui fut fait.

Philistine : Pauvre Abbé, si noble, si distingué, sous les traits de cet irréligieux ! Mais pourquoi Ibara lui passe-t-il tous ses caprices ! Incompréhensible l'engouement de ce grand peintre pour ce petit pamphlétaire ! L'hommage de la vertu au vice je présume !

L'abbé : Je crois savoir qu'Ibara apprécie la poésie de Félix Niesche qui lui semble puiser à la même source d'inspiration que la sienne. Il suffit d'ailleurs de lire sur son portrait cet air de douleur ineffable qu'Ibara lui prête, et que je ne lui connais pas, pour comprendre ce que le peintre pense de la vie intérieure profonde de notre ami. 
Errare humanum est.  Les artistes authentiques ont parfois de ces faiblesses, abusés par leur propre vision.

Philistine : Hi hi hi ! Cette mine accablée, cet air plein de commisération pour le pauvre monde ! En fait c'est dingue la bonté d'Ibara pour Félix ! C'est elle qu'il a peint, en fait ! Il lui a m^me envoyé ce tableau, superbe au demeurant, encadré par ses soins !
Ainsi, chez lui, Félix se rengorge en laissant admirer ce portrait retouché, adouci, grandement amélioré de sa personne !

L'abbé : Retouché, amélioré, femme vous exagérez ! J'ai vu ce tableau singulier, il rayonne littéralement d'une énergie alchimique.

Philistine : En fait monsieur l'abbé, il faut être effectivement femme pour voir certains détails esthétiques. Ce que vous nommez la laideur non significative, et que vous dédaignez.  J'ai noté que sa bouche aux lèvres minces, ce coup de serpe avec son rictus amer, paraît plus pleine, d'un dessin harmonieux. De son regard il a ôté toute ironie pour ne retenir que cette mélancolie risible !

L'abbé : Bien réelle pourtant ! Ces remarques me semblent futiles. Si l'aspect a été changé, cette conversion alchimique ne s'est faite par aucun artifice, mais par ce feu intérieur que le créateur a immédiatement insufflé dans ce tableautin, lui conférant une nature fixe qui résistera à toute volatilité.
Et donc à toute volubilité.

Philistine : En fait le premier portrait rendait mieux son air teigneux, je trouve. On dirait un démon rouge jailli de cette boîte de pandore des mots qu'il ouvre sans cesse sous nos pas.

L'abbé : Philistine Pandora !  Cette "boîte de Pandore des mots qu'il ouvre sans cesse sous nos pas" est digne de figurer dans un recueil d'anthologie des pataquès. Elle vous élève à la dignité d'un schème paraphernal ! Décidément mon fils avait raison, qui m'a souvent répété 'Philistine est un cas d'école, si elle n'existait pas il faudrait l'inventer'.

Philistine : Fort aimable à lui, mais quel père créateur aurait eu assez d'orthographe pour écrire mon destin sans fautes ?

L'abbé : « Je ne sais qui écrit mon destin, mais je crains qu’il ne se trompe » disait le Sapeur. Un parent à vous je présume ?  

Philistine : Monsieur l'abbé, je ne connais pas de Pompier, même les jours d'incendie.

L'abbé : Quel sans-peur éteindra jamais les sinistres des eaux corrosives amazoniennes ?

Philistine : En fait je crains que mon génie soit incompris.

L'abbé : Vous croyez ? Mais ce que vous dîtes est parfaitement en accord avec ce qui se dit !

Philistine : Que vous dîtes ! En fait c'est ce que vous pensez que l'on entend penser par toutes les bouches !

L'abbé : Cocotte que de Coquecigrues vous pondez !  L'impropriété faite écrivainE.

Philistine : L'Impropriété c'est l'envol !

L'abbé : L'envol de l'esprit qui fiente.

Philistine : Qui vaut mieux que le terre à terre de l'Esprit qui nie !

L'abbé : Par le Salamandre, l’Ondin, le Sylphe et le Lutin ! Qui donc ici est le plus grand négateur ?

Philistine : En fait vous! monsieur l'abbé, sauf le respect.

L'abbé : Oui sans doute, madame, je crois comprendre dans quel sens méphistophélien vous m'imputez cet "esprit qui toujours nie" : car il est vrai que tout ce qui naît (de l'esprit du simio-humain), mérite de périr !

Philistine : En fait je comprends mieux pourquoi on vous confond ! Deux nihilistes finalement.

L'abbé : Sauf que Félix, avec son anarchisme, poursuit un but terrestre. Au lieu que je suis comme ces disciples dont le Seigneur Jésus disait : « Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde» (Jean 17:16).
 Vos de deorsum estis, ego de supernis sum; vos de mundo hoc estis, ego non sum de hoc mundo.

Philistine : Amen !
 

Qui êtes-vous ?

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